FORMER LES DÉCIDEURS AFRICAINS A L’HEURE DES GRANDES TRANSITIONS

Entretien avec Armelle Dufour, Directrice des programmes stratégiques internationaux à HEC Paris Executive Education, Conseillère du Commerce Extérieur de la France depuis 2012.

 

 « Oser l’impossible » est la nouvelle signature d’HEC Paris. S’agit-il d’un slogan ou d’un cap stratégique ?

Ce n’est ni un slogan, ni un exercice de communication. C’est une ligne de conduite.

Nous vivons une période de bascule marquée par des transitions profondes, les dirigeants doivent décider vite, souvent dans l’incertitude et avec des conséquences systémiques.

Accompagner le changement ne suffit plus. Il faut former des femmes et des hommes capables de comprendre la complexité, d’assumer leurs arbitrages et d’ouvrir de nouvelles trajectoires.

C’est cela, oser l’impossible. Oser avec audace, sens du dépassement, en conscience et avec responsabilité.

 

Pourquoi l’Afrique occupe-t-elle une place centrale dans cette réflexion ?

Parce qu’une partie des grands équilibres du XXIe siècle s’y joue.

Croissance démographique, urbanisation rapide, souveraineté alimentaire, industrialisation, besoins massifs en infrastructures, transition énergétique et technologique, digitalisation des services publics, financement du développement : le continent concentre des défis majeurs, mais aussi d’immenses capacités d’innovation.

 

L’Afrique n’est pas un terrain d’observation extérieur. Elle est un espace de solutions, d’expérimentation et de leadership.

Dans ce monde instable, la décision devient une ressource rare. Le premier actif stratégique d’un pays reste sa capacité à faire émerger des dirigeants compétents, lucides et capables de décider juste dans l’incertitude.

L’Afrique n’a pas seulement besoin de croissance. Elle a besoin de leaders capables de la transformer.

 

Votre approche académique repose largement sur le sur-mesure. Pourquoi ?

Parce que les modèles standardisés montrent vite leurs limites lorsqu’il s’agit de transformer des organisations complexes.

Chaque pays possède ses équilibres. Chaque institution ses contraintes. Chaque entreprise ses priorités. On ne transforme pas une banque centrale, un ministère ou un groupe panafricain avec des solutions génériques.

Depuis plus de vingt ans, HEC Paris Executive Education développe en Afrique des programmes coconstruits avec ses partenaires, déployés localement, au plus près des réalités de terrain.

Cette méthode permet de concilier excellence académique, contextualisation stratégique, impact opérationnel et transfert de compétences.

Plus de 28 000 cadres et dirigeants ont ainsi été formés à travers le continent, notamment avec des gouvernements, des institutions majeures telles que la BCEAO, la BEAC, la BOAD, ou encore des groupes pan africains comme BGFIBank ou UbiPharm.

 

Pouvez-vous citer un exemple récent ?

Au Maroc, nous avons lancé avec UM6P – Université Mohammed VI Polytechnique un programme consacré à la transformation ESG des entreprises et établissements publics, à l’initiative de ANGSPE.

L’enjeu est majeur : repenser le rôle de l’État actionnaire, renforcer la gouvernance publique et intégrer durablement les critères environnementaux, sociaux et de performance.

Ce type de programme illustre notre conviction : les meilleures formations sont celles qui partent des priorités nationales.

 

Si vous deviez résumer votre approche en trois mots ?

Coconstruire. Transformer. Ancrer.

C’est ce triptyque qui permet de passer de la formation à la transformation.

 

Quels seront les grands défis des dirigeants africains dans les années à venir ?

Les écarts entre pays se creuseront moins sur les ressources disponibles que sur la qualité de leurs élites dirigeantes.

Ils devront gouverner dans un monde plus instable, plus rapide et plus interdépendant.

Transition climatique, raréfaction des ressources, révolution de l’intelligence artificielle, tensions géoéconomiques, recomposition monétaire, pression démographique : tout cela transforme la nature même du leadership.

Le dirigeant de demain devra être à la fois stratège face aux recompositions mondiales, agile face aux ruptures technologiques, international dans sa lecture des équilibres et ancré localement dans l’exécution.

C’est un enjeu de compétitivité, mais aussi de souveraineté.

 

 Cette dynamique s’inscrit-elle dans une vision plus large ?

Oui. HEC Paris agit sur l’ensemble de la chaîne de développement des talents.

Cette dynamique s’est notamment concrétisée par l’ouverture, fin 2018, d’un bureau de représentation à Abidjan, au sein de la Confédération Générale des Entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI). Cette implantation témoigne de la relation de confiance construite de longue date avec les acteurs publics et économiques ivoiriens.

À travers ce bureau, l’École agit notamment en faveur de l’égalité des chances, du développement des talents et de l’entrepreneuriat.

Le programme PACT Afrique, soutenu par la Fondation HEC, a permis d’accompagner gratuitement près de 600 étudiants à fort potentiel issus de cinq pays partenaires dans la préparation au concours du Master in Management.

HEC Paris soutient également les dynamiques entrepreneuriales à travers le dispositif Challenge+.

Pour les cadres, l’École propose des parcours structurants, à l’image du Global Executive Master in Management.

Toutes ces initiatives ont contribué à une progression continue de la présence africaine au sein des programmes de l’École, proche aujourd’hui de 20 % des participants internationaux, contre environ 1,5 % il y a vingt ans.

 

Votre engagement personnel dans cette dynamique ?

Depuis près de vingt ans, j’accompagne le développement de ces programmes avec une conviction intacte : former des dirigeants, c’est contribuer à transformer les organisations, renforcer les institutions et rendre les économies plus inclusives et plus durables.

Au fond, la formation de haut niveau n’est jamais un sujet secondaire. C’est un investissement stratégique.

 

Un dernier mot ?

Les défis de demain ne se résoudront pas avec les modèles d’hier.

Former les décideurs, c’est leur donner la capacité d’oser.

Oser transformer. Oser décider. Oser l’impossible.

 

 

Biographie

 

Armelle Dufour est Directrice des programmes stratégiques internationaux à HEC Paris Executive Education et Conseillère du Commerce Extérieur de la France

 

Depuis près de vingt ans, elle accompagne gouvernements, institutions financières régionales, banques centrales et grands groupes panafricains dans leurs enjeux de leadership, gouvernance et transformation.

 

Elle a été nommée Chevalier de l’Ordre national du Mérite.

 

https://www.hec.edu/fr