Comment acquérir et garder des talents en Asie ?
Interview croisée de Laurent Landie, président et fondateur de l’ESAP, un réseau régional pour accompagner et conseiller dans le domaine des ressources humaines en Asie, et de son cofondateur Eric Tarchoune.
Quels sont les atouts de votre réseau ?
Éric Tarchoune : Avec Laurent, nous avons fondé en 2025 l’ESAP (Executive Search Asia Pacific), un réseau panasiatique avec une présence dans 13 pays de Dubai à Tokyo. Notre objectif est d’aider nos clients à mieux comprendre la problématique des ressources humaines en Asie. Notre cœur de métier est le recrutement, le coaching et la formation.
Cette création récente repose sur des fondations profondes. En effet, notre point commun est d’avoir passé une majorité de notre vie en Asie et d’y travailler depuis environ 35 ans, notamment en tant qu’entrepreneurs dans le domaine des ressources humaines. On peut parler d’un véritable ancrage dans ces pays : la Chine pour moi, la Thaïlande pour Laurent. Un ancrage qui nous donne un prisme culturel franco-asiatique, un atout clé pour recruter et conseiller dans ce secteur.
Laurent Landie : Notre réseau fonctionne avec des personnes et des entreprises qui, comme nous, ont des compétences culturelles et linguistiques de leur pays de résidence qu’ils peuvent transmettre aux entreprises qu’ils accompagnent. On privilégie les racines de nos partenaires, leur compréhension de l’environnement.
Qui sont les clients qui s’adressent à vous ?
Laurent Landie : Comme clients, nous avons surtout des ETI et des PMI/PME, parfois familiales, parfois des entrepreneurs individuels, nos conseils sont d’autant plus essentiels pour eux que ces investissements en Asie représentent une prise de risque importante pour eux. Nous travaillons aussi avec quelques grands groupes même s’ils ont souvent des fonctions RH internalisées.
Éric Tarchoune : Nos clients sont pour l’essentiel issus du monde de l’industrie. Nous avons des clients dans des domaines très variés (énergie, services, luxe et retail…) mais également des entreprises de la tech innovantes ou des data centers. Nous collaborons le plus souvent avec des entreprises françaises mais pas uniquement, nous avons aussi des contrats avec des entreprises allemandes, mexicaines, ukrainiennes, ou encore italiennes.
Nous avons constaté que depuis quelques années les besoins des entreprises sont de plus en plus globalisés, elles privilégient un rayonnement géographique régional, d’où l’intérêt de proposer un réseau dans la région Asie-Pacifique.
Une de vos missions principales est l’acquisition de talents, quels sont les points clés à respecter dans ce domaine ?
Laurent Landie : Un aspect très important de notre démarche est de mesurer le décalage culturel. Lorsqu’une entreprise française commence à exporter ou à investir à l’étranger c’est souvent dans un autre pays d’Europe, l’environnement va lui sembler assez familier même s’il existe des différences culturelles. Cependant quand une entreprise veut travailler avec l’Asie il y a une vraie rupture au niveau culturel. D’autant plus si cette entreprise s’intéresse à plusieurs pays car l’Asie n’est pas un bloc uniforme.
Éric Tarchoune : L’essentiel est d’aider ces entreprises à s’adapter aux différences culturelles dans le domaine des ressources humaines. Pour prendre un exemple quand les Français veulent recruter, ils ont souvent comme critères clés de trouver des employés pro-actifs et polyvalents. Or ces caractéristiques ne correspondent pas du tout à la culture locale. Nous nous situons entre les deux pour aider au dialogue et expliquer à chacun les critères et les exigences de l’autre. Et on sait bien que rater un recrutement peut coûter très cher à une PME.
Nous expliquons aussi les niveaux et types de rémunération. Il faut par exemple faire comprendre que les salaires sont de plus en plus élevés dans la région, les salaires à Shanghai sont désormais plus hauts qu’à Paris, les entrepreneurs sont parfois surpris, car ils sont restés sur l’idée que tout en Chine est meilleur marché qu’en France. Nous insistons aussi sur les différences de modes de vie. Par exemple en Chine les systèmes de retraite ou de sécurité sociale ne sont pas aussi sophistiquées, les écoles sont payantes. Les différences de niveau de salaire reflètent aussi ces contraintes différentes.
Vous travaillez aussi sur le long terme ?
Éric Tarchoune : Notre compétence est l’acquisition de talents, mais aussi à plus long terme, l’accompagnement des talents. C’est très utile pour soutenir des entreprises de taille moyenne qui n’ont pas de département RH pour gérer l’international. C’est l’intérêt aussi de travailler avec des PME, notre relation peut devenir un véritable partenariat. Comme nous avons une connaissance de toute la zone, notamment grâce à nos experts réseaux ESAP nous pouvons accompagner leur croissance dans la région.
Laurent Landie : Dans ces pays où le taux de chômage est de 2 à 3 %, le contexte est très différent de celui que l’on connait en France, la question est celle du recrutement mais aussi de l’accompagnement des candidats, pour garder les talents.
Nous avons aussi des compétences pour suivre à l’inverse le recrutement de cadres français dans des entreprises asiatiques, notamment chinoises. Un cas de figure qui se présente de plus en plus souvent. L’Asie est devenue le centre du monde économique, de nombreuses entreprises s’y implantent, mais on constate aussi que beaucoup d’Européens veulent y venir : cela va des étudiants qui cherchent un stage à des cadres expérimentés qui veulent s’expatrier.
Il faut leur expliquer que le style de reporting est différent, les relations avec les collègues ne sont pas similaires, il faut comprendre un fonctionnement plus hiérarchique. Pour maîtriser ces adaptations, il est très utile d’avoir des formations ou un coaching.
Enfin il faudrait vraiment arrêter de diaboliser les entreprises chinoises, et au contraire s’inspirer de leurs méthodes d’innovation et se préparer à travailler avec elles dans certains cas.
Biographie
Laurent Landie
Basé en Asie du Sud-Est depuis 30 ans, Laurent Landie est le fondateur de l’ESAP. Diplômé de l’EHESS, il a commencé par travailler quelques années pour le Ministère des affaires étrangères avant d’opter pour une carrière dans les ressources humaines. Il a ensuite créé son propre cabinet de conseil Lim & Partner en 2014, spécialisé dans le conseil en ressources humaines et en management. C’est en 2025 qu’il a fondé le réseau ESAP pour étendre son action au niveau régional et notamment à l’ensemble des pays de l’Asean.
Laurent Landie est CCE depuis 2006 et il est actuellement vice-président des CCE Thaïlande.
Eric Tarchoune
Eric Tarchoune a orienté sa carrière vers la gestion de l’interculturel avec la Chine à travers les ressources humaines, la formation et le coaching. Diplômé en France et à Hong Kong, il a effectué l’essentiel de sa carrière en Chine, où il vit depuis une trentaine d’années. Il a managé de nombreux projets dans l’industrie et les services avant de créer en 2000 Dragonfly Group, spécialisé dans le recrutement et le développement de talents en Chine puis en Asie.
Il a cofondé le réseau ESAP avec Laurent Landie en 2025, pour développer son activité à travers ce réseau régional qui s’étend de Dubai à Tokyo.
