FORMER LES DÉCIDEURS AFRICAINS À L’HEURE DES GRANDES TRANSITIONS
Former les décideurs, c’est leur donner la capacité d’oser.
Oser transformer, oser décider, oser l’impossible.
Entretien avec Armelle Dufour, Directrice des programmes stratégiques internationaux à HEC Paris Executive Education, Conseillère du Commerce Extérieur de la France.
« Oser l’impossible » est la nouvelle signature d’HEC Paris. S’agit-il d’un slogan ou d’un cap stratégique ?
Ce n’est ni un slogan, ni un simple exercice de communication ; c’est une exigence et une promesse.
Dans un monde marqué par des transitions profondes, climatiques, technologiques et géopolitiques, les décideurs sont confrontés à une complexité inédite. Ils doivent arbitrer, souvent dans l’incertitude, avec des conséquences systémiques.
Dans ce contexte, accompagner le changement ne suffit plus.
Il faut former des leaders capables de comprendre la complexité, de décider et d’assumer pleinement leurs choix.
C’est précisément ce que porte la signature d’HEC Paris : oser l’impossible, avec audace, sens du dépassement, conscience et responsabilité.
Pourquoi l’Afrique est-elle au cœur de cette transformation ?
Parce que le continent concentre une partie des grands enjeux du XXIe siècle.
Croissance démographique, urbanisation rapide, besoins massifs en infrastructures, transition énergétique, financement du développement, transformation des administrations publiques : les décisions prises aujourd’hui auront des effets structurants sur le long terme.
L’Afrique n’est pas un simple marché observé de l’extérieur. Elle est un espace d’innovation, de solutions et d’apprentissage stratégique.
Former ses décideurs, c’est investir dans la capacité des États, des institutions régionales et des entreprises à conduire leurs propres trajectoires de transformation.
Pour HEC Paris, l’Afrique s’affirme comme un espace de référence, qui enrichit la dimension internationale de l’école et nourrit l’évolution de ses approches.
Pourquoi votre approche académique repose-t-elle sur le sur mesure ?
Parce que lorsqu’il s’agit d’accompagner des organisations confrontées à des transformations complexes, les modèles standardisés montrent rapidement leurs limites.
HEC Paris a fait le choix, dès le début des années 2000, de développer en Afrique des programmes sur mesure déployés localement, au plus près des décideurs. Ce parti pris permet de concilier excellence académique, ancrage terrain et accessibilité.
Les modèles importés fonctionnent rarement tels quels. Chaque pays, chaque institution, chaque organisation possède ses propres contraintes, ses équilibres et ses priorités.
C’est pourquoi, avec des professeurs d’HEC Paris sélectionnés pour leur expertise et des équipes académiques dédiées, nous coconstruisons chaque programme avec nos partenaires. Nous analysons finement leurs enjeux, leurs contraintes et leurs priorités afin de garantir la pertinence, l’exigence académique et l’impact opérationnel des dispositifs déployés.
Depuis près de vingt ans, plus de 28 000 cadres et dirigeants ont été formés sur le continent à travers ces programmes sur mesure, notamment dans le cadre de partenariats d’envergure avec des gouvernements (Côte d’Ivoire, Gabon, Togo, République du Congo), des institutions majeures comme BCEAO, BEAC, BOAD, ou encore des groupes panafricains tels que BGFIBank et UbiPharm.
Ces programmes ne relèvent pas d’une logique de catalogue. Ce sont des dispositifs de transformation collective, conçus pour répondre à des enjeux très concrets de gouvernance, de financement, de performance, de transformation institutionnelle et de renouvellement des équipes dirigeantes.
Ils visent des résultats durables, au-delà de la seule acquisition de compétences.
Pouvez-vous donner un exemple récent ?
Au Maroc, nous avons lancé avec l’UM6P – Université Mohammed VI Polytechnique, un programme consacré à la transformation ESG des entreprises et établissements publics, à l’initiative de l’Agence Nationale de Gestion Stratégique des Participations de l’État (ANGSPE).
Le sujet est stratégique : comment faire évoluer le rôle de l’État actionnaire, intégrer la performance durable et renforcer la gouvernance publique ?
Ce type de programme illustre notre méthode : partir des priorités nationales pour bâtir des dispositifs à fort impact.
Si vous deviez résumer votre approche en trois mots ?
Coconstruire. Transformer. Ancrer.
C’est ce triptyque qui permet de passer de la formation à la transformation.
Cette approche s’inscrit-elle dans une vision plus large ?
Oui. HEC Paris agit sur l’ensemble de la chaîne de développement des talents.
En Afrique, l’École soutient l’égalité des chances et l’entrepreneuriat, notamment à travers son bureau de représentation d’Abidjan ouvert en 2018.
Le programme PACT Afrique, soutenu par la Fondation HEC, a permis d’accompagner gratuitement près de 600 étudiants à fort potentiel issus de cinq pays partenaires (Côte d’Ivoire, Cameroun, Gabon, Sénégal et Bénin) dans la préparation au concours du Master in Management, au cours des cinq dernières années.
L’ambition est d’accompagner 500 étudiants par an et de permettre à 50 d’entre eux d’intégrer chaque année HEC Paris.
HEC Paris soutient également les dynamiques entrepreneuriales à travers des dispositifs tels que Challenge+, dédié à l’accompagnement de projets innovants.
Pour les cadres dirigeants et les hauts potentiels, l’École propose aussi des parcours structurants et capitalisables, à l’image du Global Executive Master in Management (GEMM), qui permet de construire, dans la durée, des trajectoires de formation diplômantes adaptées aux contraintes des décideurs en activité.
Plus largement, ces initiatives contribuent à une progression continue de la présence africaine au sein des programmes de l’École, dont la part représente aujourd’hui près de 20 % des participants internationaux, contre environ 1,5 % il y a vingt ans.
Quels seront les grands défis pour les dirigeants africains ?
Cette diversité de nos dispositifs traduit une conviction simple : il existe plusieurs voies de développement des talents.
Les dirigeants devront décider dans un monde plus incertain.
Transition climatique, raréfaction des ressources, transformation des systèmes financiers, pression démographique, révolution de l’intelligence artificielle, compétition géoéconomique : tout cela change la nature même du leadership.
Dans un continent où plus de 60 % de la population a moins de 25 ans, la question n’est plus seulement d’élargir l’accès à la formation.
Elle est de former des leaders capables de décider dans des environnements instables et interdépendants.
Le décideur de demain devra être à la fois stratège, agile, international et capable d’exécution.
C’est un enjeu de compétitivité, mais aussi de souveraineté.
Votre engagement personnel dans cette dynamique ?
Depuis près de vingt ans au sein d’HEC Paris Executive Education, j’accompagne le développement de ces programmes sur mesure avec la ferme conviction que former des dirigeants, c’est contribuer à transformer les organisations, et au-delà, à rendre les économies plus inclusives et plus durables.
Ce travail de long terme a permis de bâtir des relations durables de confiance avec de nombreuses institutions africaines.
Un dernier mot ?
Les défis de demain ne se résoudront pas avec les modèles d’hier.

Biographie
Armelle Dufour
Directrice des programmes stratégiques internationaux à HEC Paris Executive Education et Conseillère du
Commerce Extérieur de la France.
Depuis près de vingt ans, elle conçoit et pilote des programmes de formation exécutive sur mesure à fort impact, en particulier en Afrique, en accompagnant des acteurs publics et privés, gouvernements, institutions financières régionales et grands groupes, dans leurs enjeux de transformation, de gouvernance et de leadership.
À ce titre, elle a contribué au développement de partenariats structurants avec des institutions majeures telles que la BCEAO, la BEAC et la BOAD, ainsi qu’avec des groupes de référence à l’échelle du continent.
Son action s’inscrit dans une dynamique de long terme visant à renforcer les capacités des décideurs et à accompagner les grandes transformations économiques en Afrique.
Elle a suivi un parcours international diplômant en management entre Paris, Berkeley, Tokyo et Pékin, et a enrichi son parcours par plusieurs formations exécutives à HEC Paris ainsi qu’un cycle en intelligence économique et stratégique à l’IHEDN.
Elle a été faite Chevalier de l’Ordre national du Mérite par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, en reconnaissance de son engagement en faveur du développement des compétences et du rayonnement économique international de la France.